On traverse la Plaza de Armas, la plus grande place
de Trujillo. On, c’est les deux Péruviens
que j’ai rencontré. On se balade, appréciant
ce moment de bien-être, qui suit un bon déjeuner.
On traverse les rues bruyantes. Il y a des vendeurs
un peu partout, et on dirait que ma beauté (éhé,
faut bien se persuader de ne pas être qu’un
géant blond, blanc et gringo !) les attire...
Ils arrivent vers moi avec un « Amigo! «
que je ne supporte plus. Après dix mille “amigo,
amigo !”, ça devient dur. Ils essayent
de me vendre des choses qui ne servent à rien
ou de la nourriture qui fait aller au toilettes en deux
minutes, le genre d’aliments auxquels on est pas
habitués, et qui permettent d’attraper
ce qu’on avait appelé avec Lorenzo la « Lorenzo
Italianus Bactérie ». Autour de nous,
les minibus s’arrêtent tous les vingt mètres,
avec un gars à l’arrière qui crie
la destination. « Huanchacu! Huanchacu! Huanchacu!”
“Huanchacu?” “Huanchacu! Huanchchchchchchchacuuuuuu
!!!!” C’est très drôle, car
tous les minibus font ça, et on se croirait dans
un poulailler. Cette place principale est très
sympa, et on apprécie la balade. Mais... et oui,
il y a toujours un « mais »...
Mais soudain, je sens une main agripper mon épaule
et une autre ma main. Je me retourne et je vois deux
gars : le premier, la cinquantaine, rondouillard,
avec une expression de mafieux, le second, la trentaine,
assez baraqué mais petit. Sans réfléchir,
je fais une prise d’aïkido pour me libérer.
Je récupère mon bras, et je recule. Les
gars commencent à parler, toujours très
agressifs. Le premier sort une carte de sa poche, et
me la montre pendant un millième de seconde,
je n’ai rien eu le temps de voir. Il dit :
« Policia, por favor, entra en el caro ».
Je regarde derrière eux, et je vois un gros pick-up,
avec les vitres teintées noires, les portes arrière
ouvertes et deux autres gars qui attendent. J’ai
l’impression d’être dans Miami Vice...
Je sais une chose à ce moment-là, c’est
que je ne veux pas monter dans cette voiture. J’ai
trop entendu d’histoires de mecs arrêtés
par la police, emmenés dans un endroit désert,
et qui finissent l’histoire tout nus au milieu
de nulle part... Donc, monter dans cette voiture, c’est
la dernière chose que j’ai envie de faire.
Le gars essaye encore une fois de m’attraper,
mais je garde mes distances. Ils veulent voir mon passeport
et me faire monter dans cette voiture, je veux revoir
leurs cartes de policier. Ils parlent vite, essayent
de me stresser, je reste calme. Les gens dans la rue
commencent à s’arrêter autour de
nous. La discussion continue, jusqu’à ce
qu’ils me remontrent leurs cartes. J’aperçois
alors un policier en uniforme de l’autre coté
de la place. Je leur dis d’aller le chercher.
Il arrive, on lui fait un résumé de la
situation. Il m’explique que ce sont des vrais
policiers, qui recherchent des éventuels clandestins.
Et comme je n’ai pas mon passeport, je suis susceptible
d’être l’un d’entre eux. Je
leur montre mon ticket d’entrée du site
de Chan Chan. Un clandestin s’amuserait-il à
faire du tourisme ? Bon, maintenant, ça
suffit, je dois arrêter de parler et décliner
mon identité. Je suis en faute car je n’ai
pas mon passeport. Ils veulent toujours que je monte
dans cette voiture, et je refuse toujours. Pourquoi
est-ce que je devrais avoir mon passeport sur moi ?
Tout le monde ici m’a dit de faire attention aux
pickpockets et aux voleurs, de ne rien emporter d’important,
ni cash, ni carte de crédit, ni papiers... Il
doit y avoir un tout petit peu de bon sens dans ces
derniers arguments, car ils acceptent de venir à
pied avec moi jusqu’à mon hôtel.
Bon, déjà, j’échappe à
la voiture... Un des gars accoudé au pick-up
nous rejoint, et c’est avec trois policiers en
civil et un en uniforme que j’arrive à
mon hôtel... On entre, ils comment à parler
agressivement à la réceptionniste :
« Vous savez ce que vous encourez à
héberger des clandestins ? »
Je monte dans ma chambre, j’attrape mon passeport
et Kermit Jr. et on redescend à la réception :
ils nous attendent tous : clandestin ou pas ?
Ils regardent Kermit, qui est maintenant assis sur le
comptoir de la réception. Kermit et moi, on les
regarde aussi et je leur dis : « C’est
mon ami Kermit, une grenouille clandestine sans passeport,
et ceci, c’est mon passeport, celui avec lequel
je voyage dans tellement de pays. Je suis venu dans
le vôtre pour connaître votre culture et
votre peuple, mais vous, vous êtes arrivés
et m’avez traité comme un délinquant,
agressivement, sans aucune diplomatie. Ça ne
restera pas sans conséquence, je vais contacter
mon ambassade dès demain.... « Etc.,
etc... La réceptionniste me regarde sans un mot.
Les policiers prennent mon passeport, et cherchent ce
qui pourrait clocher… « Mira estou... »
Ils regardent un tampon qui a été fait
au Etats-Unis il y a trois mois. Ils me disent qu’il
n’est plus valable. Mais les mecs, bien sûr
qu’il a expiré!!!! On est pas aux Etats-Unis
là, on est au Pérou!!! En plus d’être
aggressifs, ils sont bêtes! Ils s’en vont,
déçus de n’avoir rien trouvé.
C’est la fin de cette histoire bizarre. Heureusement
que je parle un peu le castillan, sinon je ne m’en
serais jamais sorti. C’est vrai, comment savoir
qui est honnête et qui ne l’est pas ? La
réceptionniste a été dramatisée
par cette aventure, et n’en reviens pas que j’ai
fait intervenir Kermit Jr. Mais je pense que c’était
la meilleure chose à faire, tellement cette situation
était ridicule. Freddo clandestino ?
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