Trujillo Freddo Clandestino 23.03.2004

Trujillo, Plaza de Armas, le 23 mars 2004

On traverse la Plaza de Armas, la plus grande place de Trujillo. On, c’est les deux Péruviens que j’ai rencontré. On se balade, appréciant ce moment de bien-être, qui suit un bon déjeuner. On traverse les rues bruyantes. Il y a des vendeurs un peu partout, et on dirait que ma beauté (éhé, faut bien se persuader de ne pas être qu’un géant blond, blanc et gringo !) les attire... Ils arrivent vers moi avec un « Amigo! «  que je ne supporte plus. Après dix mille “amigo, amigo !”, ça devient dur. Ils essayent de me vendre des choses qui ne servent à rien ou de la nourriture qui fait aller au toilettes en deux minutes, le genre d’aliments auxquels on est pas habitués, et qui permettent d’attraper ce qu’on avait appelé avec Lorenzo la « Lorenzo Italianus Bactérie ». Autour de nous, les minibus s’arrêtent tous les vingt mètres, avec un gars à l’arrière qui crie la destination. « Huanchacu! Huanchacu! Huanchacu!” “Huanchacu?” “Huanchacu! Huanchchchchchchchacuuuuuu !!!!” C’est très drôle, car tous les minibus font ça, et on se croirait dans un poulailler. Cette place principale est très sympa, et on apprécie la balade. Mais... et oui, il y a toujours un « mais »...
Mais soudain, je sens une main agripper mon épaule et une autre ma main. Je me retourne et je vois deux gars : le premier, la cinquantaine, rondouillard, avec une expression de mafieux, le second, la trentaine, assez baraqué mais petit. Sans réfléchir, je fais une prise d’aïkido pour me libérer. Je récupère mon bras, et je recule. Les gars commencent à parler, toujours très agressifs. Le premier sort une carte de sa poche, et me la montre pendant un millième de seconde, je n’ai rien eu le temps de voir. Il dit : « Policia, por favor, entra en el caro ». Je regarde derrière eux, et je vois un gros pick-up, avec les vitres teintées noires, les portes arrière ouvertes et deux autres gars qui attendent. J’ai l’impression d’être dans Miami Vice... Je sais une chose à ce moment-là, c’est que je ne veux pas monter dans cette voiture. J’ai trop entendu d’histoires de mecs arrêtés par la police, emmenés dans un endroit désert, et qui finissent l’histoire tout nus au milieu de nulle part... Donc, monter dans cette voiture, c’est la dernière chose que j’ai envie de faire. Le gars essaye encore une fois de m’attraper, mais je garde mes distances. Ils veulent voir mon passeport et me faire monter dans cette voiture, je veux revoir leurs cartes de policier. Ils parlent vite, essayent de me stresser, je reste calme. Les gens dans la rue commencent à s’arrêter autour de nous. La discussion continue, jusqu’à ce qu’ils me remontrent leurs cartes. J’aperçois alors un policier en uniforme de l’autre coté de la place. Je leur dis d’aller le chercher. Il arrive, on lui fait un résumé de la situation. Il m’explique que ce sont des vrais policiers, qui recherchent des éventuels clandestins. Et comme je n’ai pas mon passeport, je suis susceptible d’être l’un d’entre eux. Je leur montre mon ticket d’entrée du site de Chan Chan. Un clandestin s’amuserait-il à faire du tourisme ? Bon, maintenant, ça suffit, je dois arrêter de parler et décliner mon identité. Je suis en faute car je n’ai pas mon passeport. Ils veulent toujours que je monte dans cette voiture, et je refuse toujours. Pourquoi est-ce que je devrais avoir mon passeport sur moi ? Tout le monde ici m’a dit de faire attention aux pickpockets et aux voleurs, de ne rien emporter d’important, ni cash, ni carte de crédit, ni papiers... Il doit y avoir un tout petit peu de bon sens dans ces derniers arguments, car ils acceptent de venir à pied avec moi jusqu’à mon hôtel. Bon, déjà, j’échappe à la voiture... Un des gars accoudé au pick-up nous rejoint, et c’est avec trois policiers en civil et un en uniforme que j’arrive à mon hôtel... On entre, ils comment à parler agressivement à la réceptionniste : « Vous savez ce que vous encourez à héberger des clandestins ? » Je monte dans ma chambre, j’attrape mon passeport et Kermit Jr. et on redescend à la réception : ils nous attendent tous : clandestin ou pas ? Ils regardent Kermit, qui est maintenant assis sur le comptoir de la réception. Kermit et moi, on les regarde aussi et je leur dis : « C’est mon ami Kermit, une grenouille clandestine sans passeport, et ceci, c’est mon passeport, celui avec lequel je voyage dans tellement de pays. Je suis venu dans le vôtre pour connaître votre culture et votre peuple, mais vous, vous êtes arrivés et m’avez traité comme un délinquant, agressivement, sans aucune diplomatie. Ça ne restera pas sans conséquence, je vais contacter mon ambassade dès demain.... «  Etc., etc... La réceptionniste me regarde sans un mot. Les policiers prennent mon passeport, et cherchent ce qui pourrait clocher… « Mira estou... » Ils regardent un tampon qui a été fait au Etats-Unis il y a trois mois. Ils me disent qu’il n’est plus valable. Mais les mecs, bien sûr qu’il a expiré!!!! On est pas aux Etats-Unis là, on est au Pérou!!! En plus d’être aggressifs, ils sont bêtes! Ils s’en vont, déçus de n’avoir rien trouvé. C’est la fin de cette histoire bizarre. Heureusement que je parle un peu le castillan, sinon je ne m’en serais jamais sorti. C’est vrai, comment savoir qui est honnête et qui ne l’est pas ? La réceptionniste a été dramatisée par cette aventure, et n’en reviens pas que j’ai fait intervenir Kermit Jr. Mais je pense que c’était la meilleure chose à faire, tellement cette situation était ridicule. Freddo clandestino ?

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