On connait plus Trujillo, la ville espagnole située
sur l’ancien site de cet empire de sable.
A quatre kilomètres de là, je descends
du mini van qui continue vers Huanchaco. Personne ne
s’arrête là. Les touristes vont sur
le site en taxi. Je prends un chemin de sable. Les ruines,
murs sablés hauts de trois à cinq mètres,
qui abritaient autrefois une population de plus de trente-cinq
mille âmes, se dressent fièrement autour
de moi. Le site n’est pas entièrement protégé
et on peut voir quelques détériorations
faites par les visiteurs. Mais le principal ennemi ici,
c’est El Ninjo, qui ronge ces constructions du
XIII siècle.
Il
fait chaud et sec à Chan-Chan, littéralement
Soleil-Soleil. Je continue mon chemin, longeant les
épaisses parois trouées et rongées,
jusqu’à ce que j’arrive à
un long couloir qui semble aller vers une entrée.
Je plonge dans le passé. Les murs désormais
sont droits et il ne manque que les toitures des commerçants
Chimu, ce peuple qui vivait jadis ici, pour être
dans la même atmosphère qu’ il y
a plus de 600 ans.
J’ai
passé le couloir du temps, et plus rien ici ne
fait penser au monde actuel. On est le 13 mars 1374,
un an avant la guerre contre les Incas, dans la ville
la plus vaste, la capitale des Andes. Entre les murs
étroits, les artisans vendent toutes sortes de
marchandises. Vêtus de simples tissus, d’un
blanc immaculé relevé de motifs géométriques
rouges, les habitants se promènent dans les couloirs
infinis de cette ville. Leur peau brune rappelle les
motifs rouges. Ce sont des symboles, des symboles animaliers.
Ce n’est pas le crocodile de Lacoste, non, c’est
un pélican ou un poisson, signes dominants de
cette culture vivant principalement de la pêche.
L’empire Michancamon est alors en pleine expansion
et il devient un état important du nord du Pérou.
Toute la cité est structurée selon une
hiérarchie bien précise : on y trouve
le peuple, la noblesse et les défunts. Je suis
désormais entre des murs de plus de cinq mètres
de haut, qui à leur base font deux mètres
de large, et au sommet un mètre. Un garde me
laisse entrer dans la cour principale du palais Tschudi.
Il est construit selon la technique "Adobe"
(des briques de boue mélangée à
de la paille et des cailloux). Là aussi, on peut
y retrouver des motifs géométriques d’une
perfection impressionnante. Les murs sont ornés
de reliefs anguleux, poissons et pélicans se
répètent à l’infini, tous
semblables les uns aux autres. Des lignes suggèrent
l’océan, toujours présent et indispensable
à la survie de ce peuple.
Je traverse la place et avance sur la rampe. Rien que
la présence de cet élément architectural
signifie beaucoup de choses : pas d’escalier
peu pratique pour faire passer les animaux. Tout a été
pensé, calculé et prévu par cette
civilisation.
Pour rejoindre une seconde place, je traverse à
nouveau un couloir, dans lequel déambulent les
Chimus. Ils transportent des poteries aux formes organiques,
un puma, un canard, tout se reporte à la nature.
Elles sont plutôt drôles, d’ailleurs,
ces poteries aux formes rondes assez compliquées
à modeler. Ce savoir leur a été
transmis par le peuple
Mochica, qui possédait une riche
tradition de la céramique, bien plus précise
que la leur. Les couleurs noires et rouges parfois sont
apposées sur les figures modelées, représentant
des éléments de la vie quotidienne. Je
continue d’avancer dans ces couloirs qui semblent
tous se finir par un mur, le but étant de tromper
l’envahisseur, au cas où il pénétrerait
dans le palais. Les impasses illusoires se terminent
par un angle à 90 degrés. Les vendeurs
portent des légumes, des tissus, des poteries,
des fruits. Ils laissent derrière eux des odeurs
qui me donnent faim. Mais je continue mon chemin, j’arrive
sur une troisième place, plus petite. Deux enfants
me bousculent et se dirigent en courant vers des personnes
qui se regroupent. Ma curiosité me pousse à
les rejoindre. Contre le mur formé de milliers
de losanges, un autel se dresse : c’est là
que les Chimus vénèrent leurs dieux. La
richesse artistique de ce peuple se traduit surtout
par le travail de l’or. Placage, soudure, incrustation
de pierres précieuses, ce peuple excelle dans
les domaines de la métallurgie et de l’orfèvrerie.
Aucun peuple de l’ancien Pérou n’a
atteint un tel raffinement. Je passe mon chemin, je
croise un homme vêtu d’une armure dorée,
je quitte la place, ces gens qui vénèrent
leurs dieux me mettent autant mal à l’aise
que les gens qui prient dans les églises. J’avance
et je me perds, tous ces chemins semblables ornés
de figures simples finissent par perturber mon sens
de l’orientation. Je ne sais plus d’où
je viens ni où je vais. Deux gardes passent,
accompagnant une personne qui semble importante, et
je décide de les suivre discrètement.
J’essaye de me repérer pour le retour,
en mémorisant les motifs des murs : là-bas,
des lignes droites et deux cylindres, symboles de la
mer et de la lune. La lune est importante pour les Chimus
car elle lie l’océan et les marées,
mais aussi la pêche et les saisons. Sur ce mur,
des pélicans, cette fois-ci dans une position
d’envol. Comme s’ils indiquaient où
trouver le poisson.
Soudain, c’est la surprise : le couloir se
termine par une nouvelle pièce, avec un immense
bassin. Qui aurait imaginé cela ? Une oasis
au milieu de ce palais d’adobe, réservoir
alimenté par la nappe phréatique.
On me bouscule. C’est un Chasqui qui coure envoyer
un message important. Là encore, les Chimus ont
une organisation incroyable. C’est par un de ces
Chasquis que l’avis de capitulation en 1450 sera
transmis. Devant la force des Incas, aidés par
les pires ennemis des Chimus, les Cuismancus, cet immense
empire du grand Chimu s’inclinera. Ce sera la
fin d’un système centralisé et structuré
par des règnes de souverains, durant de vingt
à trente ans.
La
visite se termine dans un temple où vingt-quatre
statues me regardent de leurs niches. Le rêve
se termine, je me retrouve dans notre présent,
dans les ruines que restaurent les archéologues...Je
quitte l’étrange beauté de ce lieu
si peu visité.
Je monte dans un taxi et je pars accompagné des
deux péruviennes avec qui j’ai visité
ce lieu. Nous allons ensuite à Huacas de Arco
Iris, un autre temple impressionnant, aux motifs très
symboliques. Je vous passe les détails, car je
suis feignant et surtout j’ai faim....
Après avoir rencontré les chiens sans
poils, originaires du Pérou, nous allons dans
un restaurant. Je goûte les spécialités
locales : "Seviche", une mixture de différents
poissons, accompagnée d’une sauce au citron
très piquante.
Le « lait de tigre », soupe de
poisson épicée encore mélangée
au citron. C’est intéressant mais ce n’est
pas mon truc. Et enfin le fameux « Pisco
Saour » : du sucre de canne avec du
citron...Ca, ça le fait grave.
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