La cité de sable du peuple Chimu, le 13 mars 2004. 13.mars.2004

La "cité de sable", la plus grande au monde, se situe à Chan-Chan, au nord de Lima.

On connait plus Trujillo, la ville espagnole située sur l’ancien site de cet empire de sable.
A quatre kilomètres de là, je descends du mini van qui continue vers Huanchaco. Personne ne s’arrête là. Les touristes vont sur le site en taxi. Je prends un chemin de sable. Les ruines, murs sablés hauts de trois à cinq mètres, qui abritaient autrefois une population de plus de trente-cinq mille âmes, se dressent fièrement autour de moi. Le site n’est pas entièrement protégé et on peut voir quelques détériorations faites par les visiteurs. Mais le principal ennemi ici, c’est El Ninjo, qui ronge ces constructions du XIII siècle.
Il fait chaud et sec à Chan-Chan, littéralement Soleil-Soleil. Je continue mon chemin, longeant les épaisses parois trouées et rongées, jusqu’à ce que j’arrive à un long couloir qui semble aller vers une entrée. Je plonge dans le passé. Les murs désormais sont droits et il ne manque que les toitures des commerçants Chimu, ce peuple qui vivait jadis ici, pour être dans la même atmosphère qu’ il y a plus de 600 ans.
J’ai passé le couloir du temps, et plus rien ici ne fait penser au monde actuel. On est le 13 mars 1374, un an avant la guerre contre les Incas, dans la ville la plus vaste, la capitale des Andes. Entre les murs étroits, les artisans vendent toutes sortes de marchandises. Vêtus de simples tissus, d’un blanc immaculé relevé de motifs géométriques rouges, les habitants se promènent dans les couloirs infinis de cette ville. Leur peau brune rappelle les motifs rouges. Ce sont des symboles, des symboles animaliers. Ce n’est pas le crocodile de Lacoste, non, c’est un pélican ou un poisson, signes dominants de cette culture vivant principalement de la pêche. L’empire Michancamon est alors en pleine expansion et il devient un état important du nord du Pérou. Toute la cité est structurée selon une hiérarchie bien précise : on y trouve le peuple, la noblesse et les défunts. Je suis désormais entre des murs de plus de cinq mètres de haut, qui à leur base font deux mètres de large, et au sommet un mètre. Un garde me laisse entrer dans la cour principale du palais Tschudi. Il est construit selon la technique "Adobe" (des briques de boue mélangée à de la paille et des cailloux). Là aussi, on peut y retrouver des motifs géométriques d’une perfection impressionnante. Les murs sont ornés de reliefs anguleux, poissons et pélicans se répètent à l’infini, tous semblables les uns aux autres. Des lignes suggèrent l’océan, toujours présent et indispensable à la survie de ce peuple.
Je traverse la place et avance sur la rampe. Rien que la présence de cet élément architectural signifie beaucoup de choses : pas d’escalier peu pratique pour faire passer les animaux. Tout a été pensé, calculé et prévu par cette civilisation.
Pour rejoindre une seconde place, je traverse à nouveau un couloir, dans lequel déambulent les Chimus. Ils transportent des poteries aux formes organiques, un puma, un canard, tout se reporte à la nature. Elles sont plutôt drôles, d’ailleurs, ces poteries aux formes rondes assez compliquées à modeler. Ce savoir leur a été transmis par le peuple Mochica, qui possédait une riche tradition de la céramique, bien plus précise que la leur. Les couleurs noires et rouges parfois sont apposées sur les figures modelées, représentant des éléments de la vie quotidienne. Je continue d’avancer dans ces couloirs qui semblent tous se finir par un mur, le but étant de tromper l’envahisseur, au cas où il pénétrerait dans le palais. Les impasses illusoires se terminent par un angle à 90 degrés. Les vendeurs portent des légumes, des tissus, des poteries, des fruits. Ils laissent derrière eux des odeurs qui me donnent faim. Mais je continue mon chemin, j’arrive sur une troisième place, plus petite. Deux enfants me bousculent et se dirigent en courant vers des personnes qui se regroupent. Ma curiosité me pousse à les rejoindre. Contre le mur formé de milliers de losanges, un autel se dresse : c’est là que les Chimus vénèrent leurs dieux. La richesse artistique de ce peuple se traduit surtout par le travail de l’or. Placage, soudure, incrustation de pierres précieuses, ce peuple excelle dans les domaines de la métallurgie et de l’orfèvrerie. Aucun peuple de l’ancien Pérou n’a atteint un tel raffinement. Je passe mon chemin, je croise un homme vêtu d’une armure dorée, je quitte la place, ces gens qui vénèrent leurs dieux me mettent autant mal à l’aise que les gens qui prient dans les églises. J’avance et je me perds, tous ces chemins semblables ornés de figures simples finissent par perturber mon sens de l’orientation. Je ne sais plus d’où je viens ni où je vais. Deux gardes passent, accompagnant une personne qui semble importante, et je décide de les suivre discrètement. J’essaye de me repérer pour le retour, en mémorisant les motifs des murs : là-bas, des lignes droites et deux cylindres, symboles de la mer et de la lune. La lune est importante pour les Chimus car elle lie l’océan et les marées, mais aussi la pêche et les saisons. Sur ce mur, des pélicans, cette fois-ci dans une position d’envol. Comme s’ils indiquaient où trouver le poisson.
Soudain, c’est la surprise : le couloir se termine par une nouvelle pièce, avec un immense bassin. Qui aurait imaginé cela ? Une oasis au milieu de ce palais d’adobe, réservoir alimenté par la nappe phréatique.
On me bouscule. C’est un Chasqui qui coure envoyer un message important. Là encore, les Chimus ont une organisation incroyable. C’est par un de ces Chasquis que l’avis de capitulation en 1450 sera transmis. Devant la force des Incas, aidés par les pires ennemis des Chimus, les Cuismancus, cet immense empire du grand Chimu s’inclinera. Ce sera la fin d’un système centralisé et structuré par des règnes de souverains, durant de vingt à trente ans.
La visite se termine dans un temple où vingt-quatre statues me regardent de leurs niches. Le rêve se termine, je me retrouve dans notre présent, dans les ruines que restaurent les archéologues...Je quitte l’étrange beauté de ce lieu si peu visité.
Je monte dans un taxi et je pars accompagné des deux péruviennes avec qui j’ai visité ce lieu. Nous allons ensuite à Huacas de Arco Iris, un autre temple impressionnant, aux motifs très symboliques. Je vous passe les détails, car je suis feignant et surtout j’ai faim....
Après avoir rencontré les chiens sans poils, originaires du Pérou, nous allons dans un restaurant. Je goûte les spécialités locales : "Seviche", une mixture de différents poissons, accompagnée d’une sauce au citron très piquante.
Le « lait de tigre », soupe de poisson épicée encore mélangée au citron. C’est intéressant mais ce n’est pas mon truc. Et enfin le fameux « Pisco Saour » : du sucre de canne avec du citron...Ca, ça le fait grave.

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