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Il
est neuf heures du matin, quand j’arrive à
Pisac, depuis le Machu Picchu.
Je suis sur la place du marché, en face de la
porte d’un temple. C’est l’endroit
précis où je dois retrouver Lorenzo et
Steve, mais ils n’arriveront jamais. Ils sont
à Trujillo. A la place, je rencontre ce petit
garçon, Oscar, vêtu d’un poncho coloré
typiquement péruvien, et d’un chapeau.
Je parle avec lui, mais il est très, très
timide. Une demi-heure passe, mes amis n’arrivent
pas, et moi j’ai faim. Il faut que j’aille
acheter quelque chose à manger. Je suis levé
depuis quatre heures et demie du matin, parce que les
tickets pour le train à Agua Caliente s’achètent
à partir de cinq heures. Mais ce matin, le bureau
a ouvert vingt minutes avant le départ du train,
et c’était la cohue. Tout le monde voulait
des tickets à douze dollars, car si on les achète
plus tard, ils valent trente-cinq dollars, plus du double,
quand même. Le propriétaire de cette compagnie
de train est anglais, ceci explique peut être
cela... Bref, je vais au supermarché, j’achète
quelques choses à manger, et je retourne m’asseoir
près de la porte du temple. Oscar est toujours
là, tout seul, il a l’air d’attendre
quelque chose ou quelqu’un. On attend ensemble,
et je partage mon petit déjeuner avec lui. Le
temps passe et un ami
d’Oscar arrive. Il est habillé de la même
manière. Je partage l’autre partie de mon
petit déjeuner. Un vieil homme arrive, toujours
habillé comme Oscar. Je lui serre la main, il
s’installe sur les marches. Je sors mon carnet
de croquis, et je commence à dessiner. A chaque
coup de crayon, un autre enfant ou vieil homme,
habillé comme Oscar, arrive. Je me retrouve bientôt
envahi. Ils regardent tous mon carnet, tout en parlant
en Quetchua, un dialecte indien. Ils se mettent à
rire quand ils découvrent que les traits formés
par mon stylo représentent en fait l’un
d’eux. Ça me rend très heureux,
d’une certaine manière, ils m’acceptent.
Soudain, un bruit énorme. BOUUUUUUHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHH
Bouuuh.MPG 1.6 MB
.Ils utilisent des coquillages pour appeler quelqu’un.
Mais bien sûr! Je suis devant le temple! Ils viennent
tous là parce qu’il va y avoir une cérémonie!
On est dimanche…. Je me lève et je quitte
mes nouveaux amis. Je vais me balader du coté
du marché.
Partout les gens vendent des fruits, des légumes,
des vêtements, des cadeaux... Je parle avec eux,
je m’assois, parfois je cherche un traducteur
à cause du dialecte Quetchua. J’apprends
comment ils font les poteries, je me renseigne sur leur
savoir-faire. Je passe des bons moments avec ces gens
très accueillants.
 Je
m’assois près d’une vieille femme.
C’est un personnage unique. Elle est très
vieille, et change d’humeur comme d’expression
du visage. Un moment, elle sourit avec les quelques
dents qu’il lui reste, puis elle tend la main
pour avoir de l’argent, elle retourne travailler
et fait mine d’être en colère parce
que je ne lui ai rien donné. Puis, elle veut
voir mon dessin, et elle rit à nouveau. Elle
travaille trois heures par jour, pendant trois mois,
pour finir le travail qu’elle a commencé.
Quand elle était jeune, elle le faisait en travaillant
huit jours entiers. Elle a des doigts de fée,
qui font apparaître des motifs comme par magie.
C’est aussi magique que mon ordinateur !
Il était temps de partir, alors j’ai cherché
une dernière fois mes amis, et j’ai décidé
d’aller visiter les ruines. J’aperçois
un taxi avec des touristes, je passe la tête dedans
pour savoir si je peux le partager avec eux. C’est
facile de savoir qu’ils vont aux ruines, à
Pisac, les touristes vont au marché ou voir les
ruines. Les deux touristes en question sont allemand
et anglais. Lui, l’Allemand, voyage en Amérique
latine depuis plus de vingt ans. Il reste vivre dans
chaque endroit quelques années. Son espagnol
est bien sûr excellent. Elle, l’Anglaise,
c’est sa fille. J’apprécie beaucoup
cet allemand, il reflète une réelle joie
de vivre. Il vit en ce moment à Coroico et il
a eu un accident il y a quelques jours. Un bus est sorti
de la route en montagne, au Pérou, avec cinquante-cinq
personnes à son bord. Il me montre un article
de journal : il y a eu deux survivants, des allemands.
Il me dit que c’est sa troisième vie qu’il
commence et l’apprécie plus que jamais.
Quand on arrive aux ruines, je peux voir qu’il
a du mal à marcher. Mais il s’en fiche,
il veut juste apprécier cette belle journée,
avec sa fille.
Il y a vingt ans, il était déjà
venu ici, avec sa tente. Il n’y avait pas de touristes,
pas de gardiens, pas de bus. J’aurais vraiment
aimé voir ça, mais la visite aujourd’hui
est déjà très passionnante. Les
ruines sont très bien conservées, et le
système d’irrigation continue de fonctionner
comme il y a cinq cent ans. Je finis par quitter mes
nouvelles connaissances, et je redescends vers la ville.
C’est un chemin en pleine nature, on peut voir
parfois des tombes incas pillées, au milieu de
la montagne. Sans doute pour revendre à un musée
ou un collectionneur privé. De retour à
Pisac, je prends le bus avec les habitants du village,
pour descendre vers Cusco. On traverse la Sacred Valley.
Vu d’en bas, Pisac a l’air tout petit...
Le soir, je rencontre Steve et Lorenzo, on prend notre
dernier dîner tous ensemble. Demain, ils partiront
pour suivre la route des Incas, moi, j’irais au
Musée Inca, puis je prendrai un vol pour Trujillo,
via Lima.
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