Pisac, le marché 21.03.2004

Il est neuf heures du matin, quand j’arrive à Pisac, depuis le Machu Picchu.
Je suis sur la place du marché, en face de la porte d’un temple. C’est l’endroit précis où je dois retrouver Lorenzo et Steve, mais ils n’arriveront jamais. Ils sont à Trujillo. A la place, je rencontre ce petit garçon, Oscar, vêtu d’un poncho coloré typiquement péruvien, et d’un chapeau. Je parle avec lui, mais il est très, très timide. Une demi-heure passe, mes amis n’arrivent pas, et moi j’ai faim. Il faut que j’aille acheter quelque chose à manger. Je suis levé depuis quatre heures et demie du matin, parce que les tickets pour le train à Agua Caliente s’achètent à partir de cinq heures. Mais ce matin, le bureau a ouvert vingt minutes avant le départ du train, et c’était la cohue. Tout le monde voulait des tickets à douze dollars, car si on les achète plus tard, ils valent trente-cinq dollars, plus du double, quand même. Le propriétaire de cette compagnie de train est anglais, ceci explique peut être cela... Bref, je vais au supermarché, j’achète quelques choses à manger, et je retourne m’asseoir près de la porte du temple. Oscar est toujours là, tout seul, il a l’air d’attendre quelque chose ou quelqu’un. On attend ensemble, et je partage mon petit déjeuner avec lui. Le temps passe et un ami d’Oscar arrive. Il est habillé de la même manière. Je partage l’autre partie de mon petit déjeuner. Un vieil homme arrive, toujours habillé comme Oscar. Je lui serre la main, il s’installe sur les marches. Je sors mon carnet de croquis, et je commence à dessiner. A chaque coup de crayon, un autre enfant ou vieil homme,  habillé comme Oscar, arrive. Je me retrouve bientôt envahi. Ils regardent tous mon carnet, tout en parlant en Quetchua, un dialecte indien. Ils se mettent à rire quand ils découvrent que les traits formés par mon stylo représentent en fait l’un d’eux. Ça me rend très heureux, d’une certaine manière, ils m’acceptent. Soudain, un bruit énorme. BOUUUUUUHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHH
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.Ils utilisent des coquillages pour appeler quelqu’un. Mais bien sûr! Je suis devant le temple! Ils viennent tous là parce qu’il va y avoir une cérémonie! On est dimanche…. Je me lève et je quitte mes nouveaux amis. Je vais me balader du coté du marché.
Partout les gens vendent des fruits, des légumes, des vêtements, des cadeaux... Je parle avec eux, je m’assois, parfois je cherche un traducteur à cause du dialecte Quetchua. J’apprends comment ils font les poteries, je me renseigne sur leur savoir-faire. Je passe des bons moments avec ces gens très accueillants.

Je m’assois près d’une vieille femme. C’est un personnage unique. Elle est très vieille, et change d’humeur comme d’expression du visage. Un moment, elle sourit avec les quelques dents qu’il lui reste, puis elle tend la main pour avoir de l’argent, elle retourne travailler et fait mine d’être en colère parce que je ne lui ai rien donné. Puis, elle veut voir mon dessin, et elle rit à nouveau. Elle travaille trois heures par jour, pendant trois mois, pour finir le travail qu’elle a commencé. Quand elle était jeune, elle le faisait en travaillant huit jours entiers. Elle a des doigts de fée, qui font apparaître des motifs comme par magie. C’est aussi magique que mon ordinateur !

Il était temps de partir, alors j’ai cherché une dernière fois mes amis, et j’ai décidé d’aller visiter les ruines. J’aperçois un taxi avec des touristes, je passe la tête dedans pour savoir si je peux le partager avec eux. C’est facile de savoir qu’ils vont aux ruines, à Pisac, les touristes vont au marché ou voir les ruines. Les deux touristes en question sont allemand et anglais. Lui, l’Allemand, voyage en Amérique latine depuis plus de vingt ans. Il reste vivre dans chaque endroit quelques années. Son espagnol est bien sûr excellent. Elle, l’Anglaise, c’est sa fille. J’apprécie beaucoup cet allemand, il reflète une réelle joie de vivre. Il vit en ce moment à Coroico et il a eu un accident il y a quelques jours. Un bus est sorti de la route en montagne, au Pérou, avec cinquante-cinq personnes à son bord. Il me montre un article de journal : il y a eu deux survivants, des allemands. Il me dit que c’est sa troisième vie qu’il commence et l’apprécie plus que jamais. Quand on arrive aux ruines, je peux voir qu’il a du mal à marcher. Mais il s’en fiche, il veut juste apprécier cette belle journée, avec sa fille.

Il y a vingt ans, il était déjà venu ici, avec sa tente. Il n’y avait pas de touristes, pas de gardiens, pas de bus. J’aurais vraiment aimé voir ça, mais la visite aujourd’hui est déjà très passionnante. Les ruines sont très bien conservées, et le système d’irrigation continue de fonctionner comme il y a cinq cent ans. Je finis par quitter mes nouvelles connaissances, et je redescends vers la ville. C’est un chemin en pleine nature, on peut voir parfois des tombes incas pillées, au milieu de la montagne. Sans doute pour revendre à un musée ou un collectionneur privé. De retour à Pisac, je prends le bus avec les habitants du village, pour descendre vers Cusco. On traverse la Sacred Valley. Vu d’en bas, Pisac a l’air tout petit... Le soir, je rencontre Steve et Lorenzo, on prend notre dernier dîner tous ensemble. Demain, ils partiront pour suivre la route des Incas, moi, j’irais au Musée Inca, puis je prendrai un vol pour Trujillo, via Lima.

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