L’île flottante, le 18 mars 2004
Incroyable bonheur, que celui que nous allions vivre ici. Accompagnés par nos inséparables Kermit et Kermit Junior, nous allions rencontrer un peuple d’origine pré-inca. Les Ouros, qui sont parti des terres pour vivre sur les îles artificielles de Titicaca.

Je ne savais vraiment pas à quoi m’attendre, en si peu de temps de visite (à peine deux heures) sur une des îles artificielles d’un peuple pré-inca. C’est certes une « attraction » qui attire des milliers de touristes. Mais cette fois-ci, cette visite sera réellement belle. Tout d’abord, c’est un lieu qui parait imaginaire. Le sol est couvert de foin, et mes pieds s’y enfoncent de quelques centimètres. Toute l’île a une couleur beige, seule la végétation autour est teintée de vert foncé. On a l’impression d’être au milieu de l’océan, alors que c’est un lac. Mais ce lac fait plus de 8 490 km² et a environ 280 mètres de profondeur... C’est incroyable !
Contrairement à tous les autres visiteurs, les enfants s’approchent de nous. Nous, c’est Lorenzo et moi. Et pourquoi ? Et bien pour admirer nos deux « enfants » adoptifs, Kermit et Kermit Jr. A partir de ce moment-là, c’est fini. Le guide n’existe plus, les touristes disparaissent et il ne reste que Kermit, Kermit Jr., Lorenzo, moi et bien sûr tous ces enfants. Ils sont fascinés par nos deux grenouilles. On commencer à s’éclater : nos deux petits monstres verts gesticulent et font les pitres, face à ces petits indiens aux yeux en amande. Ils sont d’abord très timides, puis la distance disparaît. Vas-y que je te tire une patte ici, moi, je mets les doigts dans la bouche de Kermit, et Kermit lui n’hésite pas à « mordre » en retour. « Aaaaaaah ! » s’écrient les enfants, et après une petite frayeur, c’est reparti. Ils ont instantanément oublié qu’ils étaient venus pour nous vendre quelques bricoles...

Bon, c’est l’heure d’aller sur une de ces barques. Oups..... On n’a pas d’argent..... Tout simplement parce que l’on vient juste de quitter la Bolivie, de l’autre côté du lac Titicaca (à Copacabana) et qu’on a enchaîné ensuite sur Puno, la ville péruvienne sur le lac. Là, à peine descendus, Miguel (...ma belle, sont des mots qui vont très bien ensemble...) nous attendait pour partir sur cet île merveilleuse. Et donc, nous voilà avec la possibilité de faire un tour sur une de ces barques, qui peuvent transporter jusqu’à vingt-cinq personnes, mais pas un sou pour nous l’offrir. Miguel, le guide, séduit par nos grenouilles et par l’effet que cela a produit sur les enfants, nous prête alors dix solars péruviens. Nous voilà partis sur cette embarcation naturelle.
Bon, un petit tour de quelques minutes, j’ai essayé de manoeuvrer le bateau, mais ce n’est pas si facile, et j’ai donc rapidement laissé ma place au jeune d’une quinzaine d’années. On arrive sur une autre île, on rejoint le guide qui nous explique la fameuse légende que je n’écoute que quelques secondes, car me voilà entouré de deux enfants, attirés par ma grenouille qui fait encore des siennes. Puis, ils sont quatre. Kermit Jr. ne peut s’empêcher de les faire rigoler. Ils sont très mignons ces enfants, mais, mince, ils se multiplient d’une manière effrayante. Je n’exagère pas, ils sont maintenant une bonne vingtaine. Mais qu’est-ce qu’on s’amuse ! On rigole, jusqu’à ce que le « Chhhhhuuuuut » arrive, car il faut quand même essayer d’écouter le guide. Silence... puis au bout de trente secondes, c’est reparti pour un délire total. On se marre bien avec les enfants. Le groupe de touriste bouge, moi je reste sur place avec Kermit Jr. On discute avec les petits, on joue. L’insouciance des enfants m’a déjà envahie depuis bien longtemps... et il y a aussi les rires qui vous touchent droit au cœur...
On m’appelle, je me lève, les enfants ne veulent pas que leur nouvel ami vert parte. Ils le retiennent, et à tout moment, Kermit peut perdre une patte... Mais il se dégage de la foule et cours vers les touristes. Ceux-ci se retournent et se marrent, voyant une grenouille courir à côté de moi, et une vingtaine d’enfants qui nous suivent en criant.
Puis, sous l’ordre d’un adulte indien, ces mignons petits diables s’immobilisent. Ils s’accroupissent tous en face des touristes, et chantent une chanson. Nous, on danse, et le regard des enfants reste fixé sur les balancements de tête de Kermit, et le mouvement des mains de Junior. La chanson se rythme bientôt de petits éclats de rires timides.

Que dire de tout ça ?
Cette île a été pour nous tout simplement magique, le bonheur total, et le plus beau cadeau que l’on ai eu, c’était le sourire de ces enfants.
Mais quelque chose d’autre nous a aussi touchés profondément, Lorenzo et moi. Juste avant de quitter le bateau, qui nous a emmenés à Puno, pour partir vers Cusco, le guide s’est approché de nous et nous a murmuré des mots qui nous ont transpercé le coeur. Jamais il n’avait vu les enfants aussi joyeux, jamais le contact n’avait été aussi chaleureux et sincère. C’est pour cela qu’il nous a remercié. On est resté bouche bée. Pour nous, ce fut un voyage merveilleux...

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