Je ne savais vraiment pas à quoi m’attendre,
en si peu de temps de visite (à peine deux heures)
sur une des îles artificielles d’un peuple
pré-inca. C’est certes une « attraction »
qui attire des milliers de touristes. Mais cette fois-ci,
cette visite sera réellement belle. Tout d’abord,
c’est un lieu qui parait imaginaire. Le sol est
couvert de foin, et mes pieds s’y enfoncent de
quelques centimètres. Toute l’île
a une couleur beige, seule la végétation
autour est teintée de vert foncé. On a
l’impression d’être au milieu de l’océan,
alors que c’est un lac. Mais ce lac fait plus
de 8 490 km² et a environ 280 mètres de
profondeur... C’est incroyable !
Contrairement à tous les autres visiteurs, les
enfants s’approchent de nous. Nous, c’est
Lorenzo et moi. Et pourquoi ? Et bien pour admirer
nos deux « enfants » adoptifs,
Kermit et Kermit Jr. A partir de ce moment-là,
c’est fini. Le guide n’existe plus, les
touristes disparaissent et il ne reste que Kermit, Kermit
Jr., Lorenzo, moi et bien sûr tous ces enfants.
Ils sont fascinés par nos deux grenouilles. On
commencer à s’éclater : nos
deux petits monstres verts gesticulent et font les pitres,
face à ces petits indiens aux yeux en amande.
Ils sont d’abord très timides, puis la
distance disparaît. Vas-y que je te tire une patte
ici, moi, je mets les doigts dans la bouche de Kermit,
et Kermit lui n’hésite pas à « mordre »
en retour. « Aaaaaaah ! »
s’écrient les enfants, et après
une petite frayeur, c’est reparti. Ils ont instantanément
oublié qu’ils étaient venus pour
nous vendre quelques bricoles...
Bon, c’est l’heure d’aller sur une
de ces barques. Oups..... On n’a pas d’argent.....
Tout simplement parce que l’on vient juste de
quitter la Bolivie, de l’autre côté
du lac Titicaca (à Copacabana) et qu’on
a enchaîné ensuite sur Puno, la ville péruvienne
sur le lac. Là, à peine descendus, Miguel
(...ma belle, sont des mots qui vont très bien
ensemble...) nous attendait pour partir sur cet île
merveilleuse. Et donc, nous voilà avec la possibilité
de faire un tour sur une de ces barques, qui peuvent
transporter jusqu’à vingt-cinq personnes,
mais pas un sou pour nous l’offrir. Miguel, le
guide, séduit par nos grenouilles et par l’effet
que cela a produit sur les enfants, nous prête
alors dix solars péruviens. Nous voilà
partis sur cette embarcation naturelle.
Bon, un petit tour de quelques minutes, j’ai essayé
de manoeuvrer le bateau, mais ce n’est pas si
facile, et j’ai donc rapidement laissé
ma place au jeune d’une quinzaine d’années.
On arrive sur une autre île, on rejoint le guide
qui nous explique la fameuse légende que je n’écoute
que quelques secondes, car me voilà entouré
de deux enfants, attirés par ma grenouille qui
fait encore des siennes. Puis, ils sont quatre. Kermit
Jr. ne peut s’empêcher de les faire rigoler.
Ils sont très mignons ces enfants, mais, mince,
ils se multiplient d’une manière effrayante.
Je n’exagère pas, ils sont maintenant une
bonne vingtaine. Mais qu’est-ce qu’on s’amuse !
On rigole, jusqu’à ce que le « Chhhhhuuuuut »
arrive, car il faut quand même essayer d’écouter
le guide. Silence... puis au bout de trente secondes,
c’est reparti pour un délire total. On
se marre bien avec les enfants. Le groupe de touriste
bouge, moi je reste sur place avec Kermit Jr. On discute
avec les petits, on joue. L’insouciance des enfants
m’a déjà envahie depuis bien longtemps...
et il y a aussi les rires qui vous touchent droit au
cœur...
On m’appelle, je me lève, les enfants ne
veulent pas que leur nouvel ami vert parte. Ils le retiennent,
et à tout moment, Kermit peut perdre une patte...
Mais il se dégage de la foule et cours vers les
touristes. Ceux-ci se retournent et se marrent, voyant
une grenouille courir à côté de
moi, et une vingtaine d’enfants qui nous suivent
en criant.
Puis, sous l’ordre d’un adulte indien, ces
mignons petits diables s’immobilisent. Ils s’accroupissent
tous en face des touristes, et chantent une chanson.
Nous, on danse, et le regard des enfants reste fixé
sur les balancements de tête de Kermit, et le
mouvement des mains de Junior. La chanson se rythme
bientôt de petits éclats de rires timides.
Que dire de tout ça ?
Cette île a été pour nous tout simplement
magique, le bonheur total, et le plus beau cadeau que
l’on ai eu, c’était le sourire de
ces enfants.
Mais quelque chose d’autre nous a aussi touchés
profondément, Lorenzo et moi. Juste avant de
quitter le bateau, qui nous a emmenés à
Puno, pour partir vers Cusco, le guide s’est approché
de nous et nous a murmuré des mots qui nous ont
transpercé le coeur. Jamais il n’avait
vu les enfants aussi joyeux, jamais le contact n’avait
été aussi chaleureux et sincère.
C’est pour cela qu’il nous a remercié.
On est resté bouche bée. Pour nous, ce
fut un voyage merveilleux... |