Palenque: 2.april.2004

Palenque. Une cité en ruine perdue dans la jungle, une petite ville ordinaire... Mais voilà qu’en lisant les lignes du Lonely Planet (.....instant pub....), la route qui s’annonçait plutôt paisible pourrait bien se transformer en une vraie galère...

Alys est assise à côté de moi. Je suis derrière le volant de Frida (pour ceux qui n’ont pas suivi, Frida, c’est notre coccinelle rouge). Je me concentre donc sur la route, évitant ces cruels dos d’ânes, qui surgissent comme poussent les mauvaises herbes sur une pelouse. A croire que des compétitions d’installation de dos d’âne sont organisées dans tout le Mexique. A qui la victoire ? Celui qui en aura installé le plus, celui qui aura fait le plus haut, le moins visible ou le plus dangereux ? Je n’en sais rien, mais ces TOPES, comme ils les nomment sur les rares panneaux, sont de vrais dangers pour celui qui ne les voit pas. Ne pas les voir, je vous assure, ça vous fait vibrer les vertèbres et regretter pendant quelques minutes les belles routes européennes. Pendant ce temps, ma belle copilote féminine se penche sur notre guide et lit rapidement toutes les informations susceptibles de nous intéresser. Et c’est là que l’on rencontre l’imprévu...
"La sécurité dans les hauteurs du Chiapas est sujette à caution depuis le soulèvement zapatiste de 1994, en raison de tensions tout à la fois politiques, religieuses et sociales [...] à l’heure où nous rédigeons ce guide, des tensions subsistaient dans certains villages [...] blablabla où eut lieu le massacre d’Acteal en 1997. Dans tous les cas, si vous voyagez en individuel, renseignez vous sur les questions de sécurité avant votre départ et rentrez toujours avant la tombée de la nuit [...] mieux vaut ne pas s’engager seul dans des régions peu fréquentées ou sur des pistes isolées."
Certes, on aurait pu se moquer de tous ces renseignements. Mais il se trouve que tout ce qu’il ne fallait pas faire, et bien nous le faisions... comme dans un mauvais film d’horreur... La nuit tombait. Nous ne savions rien de la situation politique actuelle et des Zapatistes. Et ce mot massacre ! Et puis il y avait aussi ce chapitre sur les contrôles militaires. Ah oui...les autorités mexicaines... Déjà un changement de pneu avec l’arrivée de policiers corrompus avait été pénible (pour s’en débarrasser), alors passer un contrôle militaire en pleine nuit qu’est ce que cela serait ?
J’ai commencé à m’imaginer la scène de combat tarantinienne, à la "Kill Bill", moi, le super héros libérant Alys des mains de vingtaine de psychopathes militaires ? À moins que ce soit Alys qui me sauve ?...Bref, nos esprits commençaient à s’échauffer... Qu’allait-il nous arriver et surtout allions nous arriver là où nous voulions ? Fallait-il passer une route moins périlleuse ou bien simplement abandonner l’idée d’aller à Palenque ?
Frida a tranché pour nous.
Menaçant de tomber en panne, elle nous a conduit vers une route peu fréquentée, alors que la route principale menait elle aussi à Palenque.
Réparée de manière inespérée par un garagiste qui passait par là, elle repart, et nous avec.
Le soleil se couche. On passe à coté d’un petit cimetière, dont les tombes sont comme des petites maisons colorées, qui se reflètent dans l’eau du lac qui le borde. Superbe.
Mais quand même, ce cimetière et la nuit qui arrive, ça vous pose une ambiance.
Il fait totalement nuit maintenant, et nous avons parcouru déjà une bonne partie du chemin. Toujours concentrés, nous fixons attentivement le chemin obscur (pas d’éclairage sur la route, bien sûr). On essaye d’éviter les topes et les animaux suicidaires.
Puis, au loin, des lumières rouges. Ce sont des voitures qui freinent. Nous freinons aussi, méfiants, et nous avançons doucement. On distingue ensuite des silhouettes et un homme qui agite une torche électrique. Il nous fait signe de nous mettre sur le bas-côté de la route.
C’est le genre d’ordre militaire qui ne se refuse pas : à cinq mètres de là, d’autres militaires se tiennent prêts, armés, et tendent une ficelle qui peut déclancher des clous, pour crever les pneus et bloquer les véhicules.
A noter que seule la voiture transportant des « gringos » (nous), est arrêtée pour contrôle.
J’ouvre la fenêtre, l’homme s’approche, il est jeune, il fixe sa lampe sur nos visages et nous demande d’éteindre le moteur. Alys et moi sommes sur nos gardes. Il une arme à la main et nous demande d’allumer la lumière à l’intérieur. Manque de pot, Frida n’a pas ce luxe là. Je suis déjà content qu’elle ait des lumières à l’extérieur ! Le militaire nous questionne, non, nous ne sommes pas américains, et rien que par cette réponse, nous remontons dans son estime. Il ouvre la porte, regarde les sacs, demande les passeports. Je tchatche pour le distraire un peu, j’essaye de lui poser des questions avant qu’il ne m’en pose. Il se prend au jeu, il répond et oublie de faire son travail, qui consiste en fait à dépister le trafic de drogue dans cette partie du Mexique. Les minutes s’écoulent. Enfin, il nous fait signe de partir.
On arrivera tard dans la nuit à Palenque. Mais sains et saufs !

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