Ma dernière journée à Bariloche
en Argentine. Une petite photo avant le départ
pour l’aéroport. Et là....Surprise
surprise !
À mon grand étonnement, mon unique appareil
photo, celui qui survécu à trois ans de
bons et loyaux services, celui qui m’a soutenu
après la panne de mon Reflex vieux d’un
mois, celui qui me permettais de prendre photo et vidéo,
et bien surprise, au moment de l’allumer, rien
ne se passe. Il refuse. Comment vous faire partager
mon périple sans photo, moi qui n’ai pas
la plume facile ?
Là-dessus, je quitte l’Argentine pour le
Chili. Une carte bancaire qui ne marche pas, deux appareils
en panne, un sac trop lourd, que peut-il m’arriver
encore ?
19.02.2004. Puerto Montt - Chili.
Après avoir quitté Tim à la gare
routière, je rejoins mon "hospedaje",
sorte d’hôtel, et il faut insister sur le
mot "sorte". Ce lieu est complètement
en harmonie avec la ville. Un chaos total qui survit
grâce à ce que j’allais apprendre
un peu plus tard. Mais commençons par une description
pittoresque de ce qui allait devenir ma nouvelle habitation.
(Âmes sensibles s’abstenir)...
» Fred se trouvait devant la porte de l’hôtel.
(Oui, ça fait un peu Alain Delon de parler de
soi à la troisième personne, mais bon,
ça fait aussi un peu roman, non ?...Fred,
vous vous la racontez, mon cher...oui, et alors, je
peux continuer mon récit barbant SVP ??....).
Bref, pour entrer dans cet hôtel, il fallait sonner
et attendre l’arrivée d’un portier
boiteux. Les pas traînants de ce dernier se faisaient
entendre et l’entrebâillement de la porte
laissait passer assez de lumière pour distinguer
le visage ridé et fatigué de cet homme,
qui jamais ne prononcera un seul mot. Déjà
l’ambiance s’annonçait des plus lugubres,
et je pensais à tous ces films d’horreur
américains, tournés quelque part dans
un village paumé au bord d’une highway
peu fréquentée... Après avoir passé
la porte, Fred n’avait que quelques pas à
faire pour rejoindre le minuscule escalier en spirale,
mais il devait tourner pour quelques instant le dos
à Mr « Frankenstein » qui
le suivait, traînant toujours les pieds. Puis,
celui-ci disparu derrière la porte de la cuisine,
qui était tout aussi vieille que ses chaussons.
Fred atteignit alors les escaliers et commença
à monter. Par moment, il se cognait sur les marches
de l’escalier qui continuaient au-dessus de lui.
A le voir, on aurait pu croire qu’il était
un géant dans une maison de nain (Faut pas le
prendre mal « Mini Moi »! Il s’agit
d’une image, pas d’une insulte discriminatoire).
Il arrivait maintenant au deuxième étage.
Les odeurs de cuisine de l’hôtel se mêlaient
à la puanteur des poissons et autres odeurs indescriptibles
que l’on trouve dans les vieux ports.
En haut de l’escalier, il longea un sombre couloir
pour atteindre une des nombreuses portes du deuxième
étage. Le plancher craquait sous ses pieds. Enfin,
baissant la tête, Fred passa le cadre de la porte
de sa chambre et referma derrière lui à
clef. La chambre était rectangulaire, avec d’un
côté, la porte et de l’autre, une
petite fenêtre qu’il s’empressa d’ouvrir
pour éviter de respirer ces horribles odeurs.
Un coup d’oeil lui suffit pour comprendre pourquoi
le prix de sa chambre était si bas. Mais Fred
ne pouvait faire autrement. Il ne lui restait que quelques
espèces pour survivre durant les prochains jours.
Une suite de problèmes liés à sa
carte bancaire le privait de tout argent liquide. Seuls
les dollars qu’il avait réussi à
prendre à Buenos Aires lui permettaient un change
en monnaie nationale. Mais ces derniers étaient
presque épuisés....
Revenons-en à la chambre : une table, une
chaise, et une table de nuit, voilà tous les
meubles qu’il y avait. Une couverture était
posée sur le lit. Fred découvrit ce bout
de tissu et remarqua sur les draps des détails
qui eurent vite raison de son sommeil. Des trous de
cigarette, des taches jaunâtres, des cheveux noirs
de toutes tailles et de toutes formes, des morceaux
de tissus...Le lit avait bel et bien était fait,
mais combien de personnes y étaient passées
sans que les draps ne soient lavés ? Heureusement,
Fred avait son sac de couchage et il enleva avec dégoût
les draps douteux.
Il s’assit, le lit s’affaissa, et il observa
cette chambre. Tout lui paraissait sorti d’un
roman ici, un lieu que l’on trouve décrit
dans les livres, mais où jamais l’on ne
pénètre. Un lieu où les autres
habitent, mais pas soi-même. Une sorte de chambre
où l’on trouverait des cadavres... (Un
peu comme la scène du mort obèse qui fini
dans les spaghettis, dans Seven. Mais cette fois-ci,
ce lieu est un domicile provisoire. Et cette description
caricaturale n’est pas une fiction...)
Les murs étaient fait de plaques de bois. Un
peu de peinture bleue en haut faisait croire à
du plâtre ou du béton. Au sol, les lattes
étaient rose brun.
La nuit tomba.
La lumière des chambres voisines et du couloir
laissaient apparaître une multitude d’orifices
percés dans les murs pour espionner la vie de
ses voisins. Il s’ensuivit une bonne demi-heure
durant laquelle Fred boucha tous ces petits trous avec
du papier mâché et de la colle glue 3.
Une ampoule tenant à un bout de fil, une fenêtre
coulissante qui menaçait à tout moment
de tomber sur un passant, des rideaux (ou plutôt
une moustiquaire) percés et rigides, un sol craquelé,
une serrure défaillante, un plafond troué...Rien
ne manquait à ce lieu obscur.
La nuit s’avéra mouvementée. Trouver
le sommeil était un combat. Tout d’abord,
il y avait le bruit de la sonnette : ce « DRRRRRRING »
insupportable, qui faisait penser aux vieux téléphones...
Une quinzaine de fois, ce « DRRRINNG »
retentit, permettant aux couples d’entrer pour
quelques heures dans les chambres. Fred compris vite
que cet hôtel peu coûteux était un
hôtel de passe.
Il avait du mal à s’imaginer un lieu si
peu romantique pour un tel usage. Peut être l’obscurité
servait à masquer la saleté des lieux
à ces locataires invisibles mais non moins bruyant...
Dans la nuit, Fred se réveilla plusieurs fois.
Puis ce fut impossible de se rendormir. De temps en
temps des pas se faisaient entendre derrière
la porte. Puis une sonnerie. Puis le silence. Certains
de ses pas longeaient le couloir pour se rendre dans
la salle d’eau si on peut l’appeler ainsi :
impossible de faire disparaître l’odeur
à vomir, impossible aussi de tirer la chasse
plus d’une fois par heure. La crasse y était
tellement importante qu’elle formait à
présent une peinture recouvrant les coins. D’ailleurs,
Fred avait renoncé a se laver trois jours durant,
tellement le lieux était insalubre. Se laver
ici et devenir plus propre était une pensée
bien agréable, mais malheureusement utopique.
Fred fut pris d’un besoin pressant vers les 3
heures, (eh oui ça arrive...), il sortit donc
de sa chambre et se dirigea vers les toilettes. Mais
le bruit de ses pas effrayèrent une prostituée
qui y était : elle bondit toute nue devant
lui et se réfugia vers la chambre d’en
face, courant comme une souris, les mains sur ses seins.
La porte fermée, son rire se fit entendre ainsi
que la voix grave de l’homme qui l’accompagnait.
Le matin, Fred remarqua que toutes les chambres étaient
vides. Les portes restaient ouvertes pour permettre
une aération éventuelle.
La salle d’eau était décidemment
horrible : même après avoir été
nettoyée, il fallait se brosser les dents en
apnée ...
Fred alla en ville pour prendre son courrier. La file
d’attente était longue. Son tour venu,
le postier avait les mains vides. Pas de courrier pour
lui. Fred s’en alla. Jusqu’à présent,
tout avait si bien marché! Que se passait-il
en ce moment ?
Il décida d’aller à la recherche
d’un appareil photo. Parcourant la ville, il nota
soigneusement les endroits et les prix des appareils.
Puis, il trouva l’élu : un petit appareil
pas trop cher et surtout identique à son prédécesseur.
La chance lui souriait. Il prit la facture et alla à
la caisse. Mais sa carte, son unique carte ne passait
pas. Encore une fois, il se trouvait la facture à
la main, avec un refus de paiement. Après de
nombreux essais, il parti, en demandant à mettre
de côté l’appareil. Dans la rue,
il y avait plein de gens, petits et sans cou, des marchands
prêts à vendre n’importe quoi. Fred
cherchait maintenant un "locutorio", sorte
de poste avec une multitude de cabines téléphoniques,
un des rares lieux où l’on échappe
au bruit. Conclusion du dialogue avec la banque : pas
de problème de carte. Fred retourna chez le marchand.
Deux heures à essayer de payer la marchandise.
Il fallait que cela fonctionne.... C’était
maintenant ou jamais.
Ce fut jamais.
Fred reparti les mains vide. Il se promena pendant des
heures dans les rues de la ville.
La nuit passa, les hommes et les prostituées
aussi.
Le lendemain, ce fut un peu le "JOUR SANS FIN".
Un film assez marrant en tant que spectateur. Mais pour
Fred, les jours étaient identiques mais le temps
passait. Comme le jour précédent, il attendit
10.30 et la désinfection de la salle d’eau,
puis il partit pour la poste. Là, il attendit.
Et comme le jour d’avant, le postier ne trouva
pas de courrier à son nom. Fred alla retenter
sa chance pour l’appareil photo. Il entra dans
le magasin et repassa à la caisse. Cette fois-ci
fut la bonne. Appareil photo en main, les longues et
ennuyeuses phrases de cet article se terminent et les
photos peuvent reprendre. Il ne lui manquait plus qu’une
carte pour prélever de l’argent et le périple
pourrait continuer... »
Ah, dois-je vous parler de ma dernière nuit,
du mur qui bouge quand un nouveau "locataire"
vient occuper la chambre ? J’imagine le gros
gars bien crade et assez bourré. Bien sûr,
ce n’est pas un tendre, et en plus du son élevé
de sa voix, je pourrai aussi entendre des coups, et
la prostituée qui fondra en larmes, puis des
pleurs qui font pitié. Moi, j’en ai marre
de cet endroit... Je me mets à taper contre les
murs, tout en faisant attention de pas tout faire s’écrouler.
Je prends une voie grave "Arrêtez ce cirque!"
mais cela n’y changera rien. La nuit sera très,
très longue. J’ai eu droit à tout.
D’un côté, le voisin qui frappe sa
compagne, puis ils baisent ensemble et elle simule,
de l’autre un couple enrhumé, qui n’arrête
pas de tousser. Une nuit cauchemardesque qui me décidera
enfin à bouger d’ici. Tant pis pour mon
colis urgent dont dépend la suite de l’aventure.
Il attendra mardi, à moins que ce soit moi qui
l’attende jusqu’à la fin du mois.
(Irrrg ! >J’avale de travers...). |