Puerto Montt, les 19 et 21 février 2004.

Vous vous êtes sans doute déjà demandé comment fonctionne un tour du monde. Et bien il arrive quelques fois qu’une suite de petits pépins vienne perturber le bon déroulement de votre voyage.... que faire dans ce cas là ?

Ma dernière journée à Bariloche en Argentine. Une petite photo avant le départ pour l’aéroport. Et là....Surprise surprise !
À mon grand étonnement, mon unique appareil photo, celui qui survécu à trois ans de bons et loyaux services, celui qui m’a soutenu après la panne de mon Reflex vieux d’un mois, celui qui me permettais de prendre photo et vidéo, et bien surprise, au moment de l’allumer, rien ne se passe. Il refuse. Comment vous faire partager mon périple sans photo, moi qui n’ai pas la plume facile ?
Là-dessus, je quitte l’Argentine pour le Chili. Une carte bancaire qui ne marche pas, deux appareils en panne, un sac trop lourd, que peut-il m’arriver encore ?

19.02.2004. Puerto Montt - Chili.


Après avoir quitté Tim à la gare routière, je rejoins mon "hospedaje", sorte d’hôtel, et il faut insister sur le mot "sorte". Ce lieu est complètement en harmonie avec la ville. Un chaos total qui survit grâce à ce que j’allais apprendre un peu plus tard. Mais commençons par une description pittoresque de ce qui allait devenir ma nouvelle habitation. (Âmes sensibles s’abstenir)...

» Fred se trouvait devant la porte de l’hôtel.
(Oui, ça fait un peu Alain Delon de parler de soi à la troisième personne, mais bon, ça fait aussi un peu roman, non ?...Fred, vous vous la racontez, mon cher...oui, et alors, je peux continuer mon récit barbant SVP ??....).
Bref, pour entrer dans cet hôtel, il fallait sonner et attendre l’arrivée d’un portier boiteux. Les pas traînants de ce dernier se faisaient entendre et l’entrebâillement de la porte laissait passer assez de lumière pour distinguer le visage ridé et fatigué de cet homme, qui jamais ne prononcera un seul mot. Déjà l’ambiance s’annonçait des plus lugubres, et je pensais à tous ces films d’horreur américains, tournés quelque part dans un village paumé au bord d’une highway peu fréquentée... Après avoir passé la porte, Fred n’avait que quelques pas à faire pour rejoindre le minuscule escalier en spirale, mais il devait tourner pour quelques instant le dos à Mr « Frankenstein » qui le suivait, traînant toujours les pieds. Puis, celui-ci disparu derrière la porte de la cuisine, qui était tout aussi vieille que ses chaussons. Fred atteignit alors les escaliers et commença à monter. Par moment, il se cognait sur les marches de l’escalier qui continuaient au-dessus de lui. A le voir, on aurait pu croire qu’il était un géant dans une maison de nain (Faut pas le prendre mal « Mini Moi »! Il s’agit d’une image, pas d’une insulte discriminatoire). Il arrivait maintenant au deuxième étage. Les odeurs de cuisine de l’hôtel se mêlaient à la puanteur des poissons et autres odeurs indescriptibles que l’on trouve dans les vieux ports.
En haut de l’escalier, il longea un sombre couloir pour atteindre une des nombreuses portes du deuxième étage. Le plancher craquait sous ses pieds. Enfin, baissant la tête, Fred passa le cadre de la porte de sa chambre et referma derrière lui à clef. La chambre était rectangulaire, avec d’un côté, la porte et de l’autre, une petite fenêtre qu’il s’empressa d’ouvrir pour éviter de respirer ces horribles odeurs. Un coup d’oeil lui suffit pour comprendre pourquoi le prix de sa chambre était si bas. Mais Fred ne pouvait faire autrement. Il ne lui restait que quelques espèces pour survivre durant les prochains jours. Une suite de problèmes liés à sa carte bancaire le privait de tout argent liquide. Seuls les dollars qu’il avait réussi à prendre à Buenos Aires lui permettaient un change en monnaie nationale. Mais ces derniers étaient presque épuisés....
Revenons-en à la chambre : une table, une chaise, et une table de nuit, voilà tous les meubles qu’il y avait. Une couverture était posée sur le lit. Fred découvrit ce bout de tissu et remarqua sur les draps des détails qui eurent vite raison de son sommeil. Des trous de cigarette, des taches jaunâtres, des cheveux noirs de toutes tailles et de toutes formes, des morceaux de tissus...Le lit avait bel et bien était fait, mais combien de personnes y étaient passées sans que les draps ne soient lavés ? Heureusement, Fred avait son sac de couchage et il enleva avec dégoût les draps douteux.
Il s’assit, le lit s’affaissa, et il observa cette chambre. Tout lui paraissait sorti d’un roman ici, un lieu que l’on trouve décrit dans les livres, mais où jamais l’on ne pénètre. Un lieu où les autres habitent, mais pas soi-même. Une sorte de chambre où l’on trouverait des cadavres... (Un peu comme la scène du mort obèse qui fini dans les spaghettis, dans Seven. Mais cette fois-ci, ce lieu est un domicile provisoire. Et cette description caricaturale n’est pas une fiction...)
Les murs étaient fait de plaques de bois. Un peu de peinture bleue en haut faisait croire à du plâtre ou du béton. Au sol, les lattes étaient rose brun.
La nuit tomba.
La lumière des chambres voisines et du couloir laissaient apparaître une multitude d’orifices percés dans les murs pour espionner la vie de ses voisins. Il s’ensuivit une bonne demi-heure durant laquelle Fred boucha tous ces petits trous avec du papier mâché et de la colle glue 3.
Une ampoule tenant à un bout de fil, une fenêtre coulissante qui menaçait à tout moment de tomber sur un passant, des rideaux (ou plutôt une moustiquaire) percés et rigides, un sol craquelé, une serrure défaillante, un plafond troué...Rien ne manquait à ce lieu obscur.
La nuit s’avéra mouvementée. Trouver le sommeil était un combat. Tout d’abord, il y avait le bruit de la sonnette : ce « DRRRRRRING » insupportable, qui faisait penser aux vieux téléphones... Une quinzaine de fois, ce « DRRRINNG » retentit, permettant aux couples d’entrer pour quelques heures dans les chambres. Fred compris vite que cet hôtel peu coûteux était un hôtel de passe.
Il avait du mal à s’imaginer un lieu si peu romantique pour un tel usage. Peut être l’obscurité servait à masquer la saleté des lieux à ces locataires invisibles mais non moins bruyant...
Dans la nuit, Fred se réveilla plusieurs fois. Puis ce fut impossible de se rendormir. De temps en temps des pas se faisaient entendre derrière la porte. Puis une sonnerie. Puis le silence. Certains de ses pas longeaient le couloir pour se rendre dans la salle d’eau si on peut l’appeler ainsi : impossible de faire disparaître l’odeur à vomir, impossible aussi de tirer la chasse plus d’une fois par heure. La crasse y était tellement importante qu’elle formait à présent une peinture recouvrant les coins. D’ailleurs, Fred avait renoncé a se laver trois jours durant, tellement le lieux était insalubre. Se laver ici et devenir plus propre était une pensée bien agréable, mais malheureusement utopique.

Fred fut pris d’un besoin pressant vers les 3 heures, (eh oui ça arrive...), il sortit donc de sa chambre et se dirigea vers les toilettes. Mais le bruit de ses pas effrayèrent une prostituée qui y était : elle bondit toute nue devant lui et se réfugia vers la chambre d’en face, courant comme une souris, les mains sur ses seins. La porte fermée, son rire se fit entendre ainsi que la voix grave de l’homme qui l’accompagnait.

Le matin, Fred remarqua que toutes les chambres étaient vides. Les portes restaient ouvertes pour permettre une aération éventuelle.
La salle d’eau était décidemment horrible : même après avoir été nettoyée, il fallait se brosser les dents en apnée ...
Fred alla en ville pour prendre son courrier. La file d’attente était longue. Son tour venu, le postier avait les mains vides. Pas de courrier pour lui. Fred s’en alla. Jusqu’à présent, tout avait si bien marché! Que se passait-il en ce moment ?
Il décida d’aller à la recherche d’un appareil photo. Parcourant la ville, il nota soigneusement les endroits et les prix des appareils. Puis, il trouva l’élu : un petit appareil pas trop cher et surtout identique à son prédécesseur. La chance lui souriait. Il prit la facture et alla à la caisse. Mais sa carte, son unique carte ne passait pas. Encore une fois, il se trouvait la facture à la main, avec un refus de paiement. Après de nombreux essais, il parti, en demandant à mettre de côté l’appareil. Dans la rue, il y avait plein de gens, petits et sans cou, des marchands prêts à vendre n’importe quoi. Fred cherchait maintenant un "locutorio", sorte de poste avec une multitude de cabines téléphoniques, un des rares lieux où l’on échappe au bruit. Conclusion du dialogue avec la banque : pas de problème de carte. Fred retourna chez le marchand. Deux heures à essayer de payer la marchandise. Il fallait que cela fonctionne.... C’était maintenant ou jamais.
Ce fut jamais.
Fred reparti les mains vide. Il se promena pendant des heures dans les rues de la ville.
La nuit passa, les hommes et les prostituées aussi.
Le lendemain, ce fut un peu le "JOUR SANS FIN". Un film assez marrant en tant que spectateur. Mais pour Fred, les jours étaient identiques mais le temps passait. Comme le jour précédent, il attendit 10.30 et la désinfection de la salle d’eau, puis il partit pour la poste. Là, il attendit. Et comme le jour d’avant, le postier ne trouva pas de courrier à son nom. Fred alla retenter sa chance pour l’appareil photo. Il entra dans le magasin et repassa à la caisse. Cette fois-ci fut la bonne. Appareil photo en main, les longues et ennuyeuses phrases de cet article se terminent et les photos peuvent reprendre. Il ne lui manquait plus qu’une carte pour prélever de l’argent et le périple pourrait continuer... »

Ah, dois-je vous parler de ma dernière nuit, du mur qui bouge quand un nouveau "locataire" vient occuper la chambre ? J’imagine le gros gars bien crade et assez bourré. Bien sûr, ce n’est pas un tendre, et en plus du son élevé de sa voix, je pourrai aussi entendre des coups, et la prostituée qui fondra en larmes, puis des pleurs qui font pitié. Moi, j’en ai marre de cet endroit... Je me mets à taper contre les murs, tout en faisant attention de pas tout faire s’écrouler. Je prends une voie grave "Arrêtez ce cirque!" mais cela n’y changera rien. La nuit sera très, très longue. J’ai eu droit à tout. D’un côté, le voisin qui frappe sa compagne, puis ils baisent ensemble et elle simule, de l’autre un couple enrhumé, qui n’arrête pas de tousser. Une nuit cauchemardesque qui me décidera enfin à bouger d’ici. Tant pis pour mon colis urgent dont dépend la suite de l’aventure. Il attendra mardi, à moins que ce soit moi qui l’attende jusqu’à la fin du mois. (Irrrg ! >J’avale de travers...).

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