Rio, la Samba, le18 janvier 2004

Le taxi nous dépose auprès de centaines de brésiliens, tous habillés de vêtements moulants aux couleurs vives... De temps en temps, des policiers armés jusqu’aux dents percent la foule. Nous entrons pour 15 R$ dans une grande salle en mouvement, sans savoir ce qui va nous arriver. Je serai marqué à vie par cette soirée : La soirée SAMBA...

Samba, un mot bien timide pour ce qu’il incarne. Par où commencer ? Je ne m’attendais pas à vivre une rencontre aussi directe avec cette danse. Quand, avec mes camarades de chambre, nous sommes montés dans deux taxis pour aller à une adresse sortie de nulle part, je pensais aller voir un spectacle. Mais quel spectacle !
Sortis du taxi, nous arrivons sur une rue qui n’a rien de spécial, exceptés les gens qui la remplisse. Notre taxi grillant les feux rouges et roulant tout aussi mal qu’un apprenti chauffard, mais tout aussi vite qu’un coureur de formule 1, on a depuis longtemps largué l’autre taxi qui accompagnait nos amis de l’auberge de jeunesse. Il fait nuit et dehors, devant le hall, une multitude de Brésiliens et Brésiliennes offrent des rafraîchissements.
Désespérés de retrouver nos amis parmi tous ces gens, nous nous décidons à entrer, moyennant 15$R. Nous passons les tourniquets et avançons difficilement à travers les danseurs. La musique s’arrête soudain. En haut, sur les gradins, des musiciens s’installent, la foule cesse de bouger et se tourne vers eux. Un homme tape deux baguettes l’une contre l’autre. Brusquement, un tonnerre de batucada explose, c’est fantastique. Je suis bouleversé par la force de cette musique, l’impact des percussions va droit au coeur, il y a au moins trente personnes avec des instruments et malgré cela, les différents sons forment une musique, que malheureusement je n’arriverai pas à enregistrer avec mon appareil. Bref, que puis-je vous dire ? C’est de la folie, mais la Samba, ce n’est pas que la musique, c’est aussi la danse, folle danse qu’un jour j’espère apprendre... (Gros smile). Tout va vite, la musique envahit la salle et la foule danse le plus naturellement du monde. WWWWWWWWWWWAAAAOOOOW. Si je pouvais décrire cela avec des mots et bien il faudrait que ceux-ci bougent, avec une cadence incontrôlable, un mouvement d’ensorcellement exotique (non, non, je n’ai pas fumé), partout les corps vous surprennent, les sourires sur les visages vous éclairent de bonheur (encore ce sourire brésilien). Tout à coup, vos yeux se tournent vers la partie postérieure féminine, oui, les fesses. Même si cela parait à priori insolent de regarder fixement cette partie anatomique, ON NE PEUT PAS FAIRE AUTREMENT. Cette danse est une provocation pour le regard. Les cariocas se moquent tous que vous les « défessier » (c’est mon nouveau mot pour « dévisager les fesses »), ils ne demandent qu’un sourire en retour, moi je suis bouche bée, avec un zygomatique tendu (oui, ça fait un peu idiot surpris). Mes amis qui nous ont retrouvés sont tout aussi étonnés. Nous rigolons de voir ça, les Canadiennes, elles, sont mal à l’aise face aux brésiliennes, qui nous fascinent à ce moment là. Une telle concurrence est tout simplement déloyale pour une occidentale, nord américaine ou asiatique.
Ensuite, la foule se concentre sur quelques danseurs se présentant tour à tour au président de la salle, en dansant, bien sûr. Ces danseurs et danseuses ont tous les âges. Cinq ans ici, dix ans là, vingt ans, soixante ans, tour à tour, ils nous donnent une leçon sur la vie ! Danser pour le bonheur...Vêtus de rouge et de blanc pour les couleurs du quartier de Salgueiro, ils défilent en exhibant leurs corps en mouvement. La danse soignée (voir Vidéo), petit à petit, devient une érotique démonstration et fait la fierté de la salle qui ne manque pas un instant du spectacle, applaudissant et discutant. (Voir Vidéo)

Plus tard dans la soirée, j’essaye désespérément de les imiter, je demande qu’on me montre comment faire. Une jeune femme s’exécute avec enthousiasme, je lui dis de répéter plus lentement, elle s’étonne et me répond qu’elle vient de danser lentement, je me sens un peu crétin de ne pas pouvoir comprendre le secret de cette danse. J’ai le droit après à un "C’est presque ça!». Enfin, je m’amuse. Les autres "gringos" se joignent à moi. Les Canadiennes sont de marbre. Pourtant, plusieurs fois des brésiliennes les encourageront. C’est clair qu’il ne faut pas avoir peur du ridicule pour se lancer, dans ce domaine où les brésiliens (nes) ont grandi.

Des feuilles circulent. Des paroles de chanson. La salle est pleine, nous chantons cette chanson tout aussi difficile à apprendre que cette danse. On est à fond dedans...quelque part on touche à la joie brésilienne, les gens se réjouissent du mal que l’on se donne. En France, on se moquerait. En fait, les brésiliens commence à accepter un étranger quand celui-ci essaye de s’intégrer, pas parce qu’il le doit, mais parce qu’il apprécie. La culture brésilienne étant énormément basée sur les comportements extérieurs, on peut se trahir rapidement en montrant que l’on s’intègre ou pas.

Il est quatre heures...nous rentrons. Bizarrement, le taxi est deux fois moins cher qu’à l’aller. Allez savoir pourquoi.
Je pense en me couchant à ce que le carnaval doit être. (Multiplication fois X de cette soirée...)


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