Samba, un mot bien timide pour ce qu’il incarne.
Par où commencer ? Je ne m’attendais pas
à vivre une rencontre aussi directe avec cette
danse. Quand, avec mes camarades de chambre, nous sommes
montés dans deux taxis pour aller à une
adresse sortie de nulle part, je pensais aller voir
un spectacle. Mais quel spectacle !
Sortis du taxi, nous arrivons sur une rue qui n’a
rien de spécial, exceptés les gens qui
la remplisse. Notre taxi grillant les feux rouges et
roulant tout aussi mal qu’un apprenti chauffard,
mais tout aussi vite qu’un coureur de formule
1, on a depuis longtemps largué l’autre
taxi qui accompagnait nos amis de l’auberge de
jeunesse. Il fait nuit et dehors, devant le hall, une
multitude de Brésiliens et Brésiliennes
offrent des rafraîchissements.
Désespérés de retrouver nos amis
parmi tous ces gens, nous nous décidons à
entrer, moyennant 15$R. Nous passons les tourniquets
et avançons difficilement à travers les
danseurs. La musique s’arrête soudain. En
haut, sur les gradins, des musiciens s’installent,
la foule cesse de bouger et se tourne vers eux. Un homme
tape deux baguettes l’une contre l’autre.
Brusquement, un tonnerre de batucada explose, c’est
fantastique. Je suis bouleversé par la force
de cette musique, l’impact des percussions va
droit au coeur, il y a au moins trente personnes avec
des instruments et malgré cela, les différents
sons forment une musique, que malheureusement je n’arriverai
pas à enregistrer avec mon appareil. Bref, que
puis-je vous dire ? C’est de la folie, mais
la Samba, ce n’est pas que la musique, c’est
aussi la danse, folle danse qu’un jour j’espère
apprendre... (Gros smile). Tout va vite, la musique
envahit la salle et la foule danse le plus naturellement
du monde. WWWWWWWWWWWAAAAOOOOW. Si je pouvais décrire
cela avec des mots et bien il faudrait que ceux-ci bougent,
avec une cadence incontrôlable, un mouvement d’ensorcellement
exotique (non, non, je n’ai pas fumé),
partout les corps vous surprennent, les sourires sur
les visages vous éclairent de bonheur (encore
ce sourire brésilien). Tout à coup, vos
yeux se tournent vers la partie postérieure féminine,
oui, les fesses. Même si cela parait à
priori insolent de regarder fixement cette partie anatomique,
ON NE PEUT PAS FAIRE AUTREMENT. Cette danse est une
provocation pour le regard. Les cariocas se moquent
tous que vous les « défessier »
(c’est mon nouveau mot pour « dévisager
les fesses »), ils ne demandent qu’un
sourire en retour, moi je suis bouche bée, avec
un zygomatique tendu (oui, ça fait un peu idiot
surpris). Mes amis qui nous ont retrouvés sont
tout aussi étonnés. Nous rigolons de voir
ça, les Canadiennes, elles, sont mal à
l’aise face aux brésiliennes, qui nous
fascinent à ce moment là. Une telle concurrence
est tout simplement déloyale pour une occidentale,
nord américaine ou asiatique.
Ensuite, la foule se concentre sur quelques danseurs
se présentant tour à tour au président
de la salle, en dansant, bien sûr. Ces danseurs
et danseuses ont tous les âges. Cinq ans ici,
dix ans là, vingt ans, soixante ans, tour à
tour, ils nous donnent une leçon sur la vie !
Danser pour le bonheur...Vêtus de rouge et de
blanc pour les couleurs du quartier de Salgueiro, ils
défilent en exhibant leurs corps en mouvement.
La danse soignée (voir Vidéo), petit à
petit, devient une érotique démonstration
et fait la fierté de la salle qui ne manque pas
un instant du spectacle, applaudissant et discutant.
(Voir Vidéo)
Plus tard dans la soirée, j’essaye désespérément
de les imiter, je demande qu’on me montre comment
faire. Une jeune femme s’exécute avec enthousiasme,
je lui dis de répéter plus lentement,
elle s’étonne et me répond qu’elle
vient de danser lentement, je me sens un peu crétin
de ne pas pouvoir comprendre le secret de cette danse.
J’ai le droit après à un "C’est
presque ça!». Enfin, je m’amuse.
Les autres "gringos" se joignent à
moi. Les Canadiennes sont de marbre. Pourtant, plusieurs
fois des brésiliennes les encourageront. C’est
clair qu’il ne faut pas avoir peur du ridicule
pour se lancer, dans ce domaine où les brésiliens
(nes) ont grandi.
Des feuilles circulent. Des paroles de chanson. La
salle est pleine, nous chantons cette chanson tout aussi
difficile à apprendre que cette danse. On est
à fond dedans...quelque part on touche à
la joie brésilienne, les gens se réjouissent
du mal que l’on se donne. En France, on se moquerait.
En fait, les brésiliens commence à accepter
un étranger quand celui-ci essaye de s’intégrer,
pas parce qu’il le doit, mais parce qu’il
apprécie. La culture brésilienne étant
énormément basée sur les comportements
extérieurs, on peut se trahir rapidement en montrant
que l’on s’intègre ou pas.
Il est quatre heures...nous rentrons. Bizarrement,
le taxi est deux fois moins cher qu’à l’aller.
Allez savoir pourquoi.
Je pense en me couchant à ce que le carnaval
doit être. (Multiplication fois X de cette soirée...)
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