Bon, c’est fantastique, j’ai enfin réussi
à bouger le jour et voir quelque chose de Buenos
Aires. Depuis que je suis ici, ben je ne vis que la
nuit. Je ne sais pas pourquoi... C’est comme ça.
Bref, donc aujourd’hui, je me suis levé
et j’ai pris la grand décision: je vais
jouer au vrai touriste. C’est parti, pantacourt,
sac à dos et appareil photo. Je saute dans un
bus pour 0.80 Centavos Argentin, ce qui équivaut
à peu près à deux Francs...
La Boca, c’est un peu le Montmartre de Buenos
Aires, sauf que les maisons sont peintes de couleurs
vives et que les artistes sont aussi bien des peintres
que des danseurs de Tango. Ici, j’ai l’impression
que l’on a un peu tout exagéré pour
attirer les touristes, cela est sûrement dû
à la masse de people qui passent chaque jour.
Ainsi, on vous aborde pour vous proposer un restaurant,
un tableau kitch ou bien juste pour payer le Tango que
vous appréciez dans la rue. Mais bon, tout cela
est logique et Paris a la même tactique avec nos
touristes...ça me fait marrer d’ailleurs.
Alors, laissons nous aller et voyons voir tout ça...
D’accord, je fais à peine deux pas et on
m’aborde déjà en anglais pour me
proposer de m’asseoir, prendre un verre et manger
quelque chose. Non merci, c’est gentil. Quoi un
flyer? Non, pas besoin, gracias! Ben dis donc, ils ne
perdent pas de temps. J’entre dans ce petit village
aux couleurs rouge, vert, jaune et bleu. C’est
vraiment sympa, et ça change du centre-ville
type européen.
A quelque pas de là, le quartier change complètement,
puisque c’est un des endroits pauvres de la ville,
et les enfants envahissent la rue, demandant une pièce
de monnaie. Moi, par principe, je refuse. Oui, si on
commence comme ça, et bien tous les enfants risquent
de se mettre un jour à aller directement dans
la rue pour mendier. Cherchons une autre solution. Je
m’assois et je commence à dessiner. Là,
le contact se fait autrement. Voilà ces deux
jeunes filles, assez marrantes, qui me bombardent de
questions. Oulàlàlà, doucement,
pas si vite....Grrrr... Ups ?1@%3#...Okay, on recommence,
avec mon espagnol qui ne veut pas se défaire
des mots brésiliens...hé hé. C’est
fun, on s’engage dans une conversation. Là,
je décrypte un « CaCHe »
qui veut dire en fait « Calle »
(rue). Eh oui, les Buenosairiens, prononce le « LL »
en « CH ». C’est un peu
différent de l’espagnol traditionnel, mais
va falloir s’y faire. On se marre, les petites
et moi, et elles deviennent alors mes professeurs d’espagnol.
Elles sont émerveillées par les dessins
que j’ai fait....Moi, je ne suis pas satisfait...mais
c’est une autre histoire.
Je les quitte pour aller manger quelque chose. Sur
la route, un tango...et quelques billets qui quittent
mes poches pour atterrir dans un chapeau...Ca fait partie
du jeu. Là, encore des enfants qui s’amusent
avec tout et n’importe quoi. Une vie simple d’un
côté, et dure de l’autre. En effet,
à Buenos Aires, il y a énormément
de jeunes entre dix et quinze ans qui partent avec leurs
parents pour trier les poubelles. Ils amassent leur
propre stock de poubelles, papier, plastique et autres,
que des amis en camion récupéreront. Pas
d’école pour eux...Et dire qu’en
France, on est prêt à sécher les
cours pour un rien... L’école, c’est
la belle vie. Mais retournons à La Boca. Je vais
donc manger et il y a encore un enfant qui essaye à
tout prix de vendre dans chaque restaurant quelques
objets inutiles. Sans succès. Les touristes assis
autour de moi l’ignorent ou critiquent ce marché...Je
commande à boire pour deux, et le petit est ravi
d’avoir un coca. Il aura aussi droit à
un sandwich de la part d’un inconnu. Tout seul
assis à sa table, il est heureux. Et, ironie
du sort, il nourrit avec un grand plaisir quelques pigeons
qui eux aussi mendient leur vie. En partant, il me remercie
avec un grand sourire et un signe de la main...Qu’ai-je
fait pour ce petit ? Rien qui ne bouleversera sa
vie....Espoir ? Combien d’enfants subissent un
sort moins enviable....ça me laisse pensif.
La Boca, c’est aussi un petit port, le vieux
port, où flottent des bateaux pourris, vidant
leur fuel dans les parages. En effet, pendant que je
dessinais...et oui, encore...et bien des bulles gargouillaient
dans cette eau tranquille, des plaques de fuel flottaient
parmi les bouteilles en plastique portant comme simple
message une marque américaine plus ou moins lisible.Vu
la matière de certaines de ces bouteilles, j’ai
du mal à croire que des poissons puissent survivre
ici. Mais bon, ce petit Boca, loin des sentiers battus
me plait bien.
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